Tétra-Lyre

Le Tétras-Lyre (Tetrao tetrix) : Classification (Classe, Ordre, Famille) : Oiseaux, Galliformes, Phasianidés (Tétraoninés)

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Critères de reconnaissance mâle/femelle

 

Le tétras-lyre est un Galliforme de taille moyenne, au dimorphisme sexuel important.

 

 

La distinction entre jeunes mâles et jeunes femelles est possible à la fin de l’été, après l’apparition des premières plumes noires sur le dos et sur le cou des coqs.

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  • Chez le jeune, la deuxième rémige primaire (juvénile) est plus pointue et comporte plus de mouchetures brunes que la troisième (post-juvénile).
  • Chez l’adulte, elles ont sensiblement la même forme mais la deuxième rémige primaire comporte très souvent moins de mouchetures que la troisième. La présence d’un tuyau noirâtre richement vascularisé à la base des deux rémiges primaires externes jusqu’à l’achèvement complet de leur croissance - courant octobre - constitue un autre éléments fiable de diagnostic.

Caractères biologiques

Régime alimentaire
L’adulte se nourrit essentiellement de végétaux mais ingère parfois des petits invertébrés.
 

En hiver, si les strates arbustives et herbacées sont recouvertes de neige, il peut se contenter de rameaux de mélèze (Larix decidua) ou d’aiguilles et bourgeons de conifères (pin à crochets Pinus montana, pin arolle P. cembra, pin sylvestre P. sylvestris, sapin Abies alba). Il peut assimiler ces aliments ligneux grâce à la présence, dans ses caeca, d’une faune bactérienne capable de transformer la cellulose. Il consomme également des bourgeons de rhododendron (Rhododenron ferrugineum) ainsi que des rameaux de genévrier nain (Juniperus communis ssp. nana) et de myrtille (Vaccinium myrtillus), tant que ceux-ci demeurent accessibles.
 

Au printemps, il ajoute à ce régime alimentaire des fleurs et des jeunes aiguilles de mélèze, des pousses et des fleurs de plantes herbacées et quelques fourmis rousses.
 

En été, il préfère les fleurs de composées et de trèfle, les akènes de renoncule (Ranunculus montanus) ou autres fruits secs et les baies, en particulier celles de myrtille.
 

En automne, baies et fruits secs sont recherchés.

Rythme d’activité
Le tétras-lyre est actif principalement en début et en fin de journée. La durée de ces deux phases d’activité est maximale au printemps quand les oiseaux, surtout les coqs, doivent consacrer du temps à la fois pour s’alimenter et pour parader.

En pleine saison de reproduction, les mâles commencent à chanter une demi-heure avant le lever du jour et peuvent demeurer sur l’arène pendant 4 à 5 heures.

En hiver, l’activité des oiseaux est très réduite ; ils ne s’alimentent que durant une heure environ, le matin et le soir, passant la nuit et la plus grande partie de la journée sous la neige pour limiter les déperditions de chaleur.
Certains individus sont sédentaires, occupant un espace vital annuel de 50 à 400 ha. D’autres effectuent une migration saisonnière, se déplaçant au printemps et à l’automne de 1 à 15 km entre leur zone de reproduction et leur zone d’hivernage.
 

Reproduction et survie
L’espèce est polygame. La maturité sexuelle des coqs survient à l’âge de 2-3 ans, alors que les poules peuvent se reproduire dès l’âge d’un an.

En moyenne, les pontes comportent 7,2 œufs et les nichées 3,4 jeunes. A la fin d’août, seules 40 % des poules en moyenne sont accompagnées de jeunes. L’indice de reproduction moyen est de 1,4 jeunes élevés par poule.

L’espérance de vie peut atteindre 10 ans. Le taux de survie annuel des adultes est de 60 à 68 %. Le taux de survie des jeunes entre la mi-août et le mois de mai est de l’ordre de 65 %.

Caractères écologiques

Dans les Ardennes, les derniers oiseaux sont observés dans des tourbières, des landes marécageuses et des boisements clairs, entre 400 et 600 m d’altitude. Dans les Alpes, le tétras-lyre occupe l’étage subalpin, entre 1 400 et 2 300 m. Il fréquente des milieux de transition semi-ouverts où s’imbriquent en mosaïque pelouses, landes, fourrés et boisements clairs.
Dans les Préalpes du Sud (Baronnies, Préalpes de Castellane, de Grasse…), le tétras-lyre est présent en versant nord, dès 700 à 800 m d’altitude. Il peut occuper des milieux "atypiques" variés : hêtraies sapinières, hêtraies à ifs, chênaies pubescentes…
 

Ses exigences vis-à-vis de l’habitat sont particulièrement marquées en hiver et pendant la période d’élevage des jeunes.
Les nichées recherchent des faciès de végétation présentant un bon couvert au sol (de 25 à 50 cm de hauteur), riches en insectes : pelouses à laîche toujours verte (Carex sempervirens), prairies à dactyle (Dactylis glomerata) et à fétuque rouge (Festuca rubra), prairies à géranium (Geranium silvaticum) et à fenouil des Alpes (Meum athamanticum), landes à éricacées entrecoupées de touffes de graminées et de bouquets d’aulnes (Alnus viridis), pessières claires ou mélézins à sous-bois de graminées et/ou de géranium et/ou de myrtilles.
En hiver, le tétras-lyre limite au maximum ses déplacements, en sélectionnant des milieux satisfaisant à la fois ses exigences de protection et ses besoins alimentaires : boisements clairs de mélèzes, de bouleaux (Betula verrucosa), de sorbiers des oiseleurs (Sorbus aucuparia) ou de diverses essences de pins (pin à crochets de préférence), le plus souvent exposés au nord (neige poudreuse).

Répartition géographique

Espèce paléarctique habitant le nord de l’Eurasie, de la Grande-Bretagne jusqu’en Sibérie et en Chine.
En France, les données les plus récentes (décennie 1990-99) attestent de la présence régulière du tétras-lyre, durant tout ou partie de son cycle annuel, sur 653 communes de huit départements alpins. L’espèce est également présente dans les Ardennes, mais seules quelques observations sporadiques ont été signalées sur 6 communes de ce département au cours de la dernière décennie.
 
Dans les Alpes, son aire de répartition tend à se contracter lentement sur sa frange occidentale depuis une vingtaine d’années. Cette régression est particulièrement marquée dans les Préalpes du Sud (Diois, Baronnies, Ventoux-Lure, Préalpes de Digne et de Castellane)

Statut juridique

Directive Oiseaux : annexe I (JO du 08/05/91) et annexe II, partie 2 (JO du 30/06/94).
Convention de Berne : annexe III (JO du 18/07/99).
 

Chasse autorisée : en Autriche, en Biélorussie, en Finlande, en France, en Italie, au Liechtenstein, en Norvège, en Russie, en Slovaquie, en Suède, en Suisse, au Royaume-Uni, en Ukraine.
 

Mesures réglementaires en France
En France, la chasse du tétras-lyre est autorisée dans 7 des 9 départements où il est présent ; elle est interdite dans les départements du Var et des Ardennes. Seul le tir du coq maillé est autorisé.

La chasse peut être ouverte du 3ème dimanche de septembre au 11 novembre (art. R224-5 du Code Rural), mais la réglementation diffère selon les départements.

Les mesures suivantes peuvent être prises à l’initiative des préfets :

  • limitation de la période et/ou des jours de chasse ;
  • prélèvement maximum autorisé ;
  • plan de chasse (Savoie ; Haute-Savoie ; Hautes-Alpes ; Alpes-de-Haute-Provence).
     

La chasse est fermée en temps de neige et la commercialisation des oiseaux est interdite (arrêté ministériel du 20 décembre 1983).
 

Etat des populations et menaces potentielles

A l’issue de la campagne décennale d’inventaire 2000-2009, les effectifs dans les Alpes françaises sont estimés à 16800 adultes ; soit 8% de moins que pour la décennie 1990-1999 (18200 adultes).
 

Cette baisse globale est à considérer avec précaution car elle masque des différences entre les régions géographiques. Dans les Alpes du Nord, qui abritent les deux tiers des effectifs, le déclin est de l’ordre de 12% ; alors que le nombre d’oiseaux semble stable dans les Alpes internes du sud.
 

Dans les Préalpes du Sud, le déclin des effectifs, déjà sensible pendant la décennie 1990-1999, c’est encore accéléré pendant la décennie 2000-2009. L’espèce a disparue de la plupart de ces chaînons de basse altitude.

Statut de conservation
IUCN : « lower risk » « least concern ». En d’autres termes, pas de danger immédiat de disparition.
 

Menaces
 

La chasse  :à l’échelle des Alpes françaises, les prélèvements cynégétiques réalisés au cours des saisons de chasse 1998/1999 et 1999/2000 ont représenté environ 6 à 8 % du nombre des coqs présents à l’ouverture ; ce qui demeure compatible avec le maintien des effectifs. Localement, la chasse des coqs peut affecter l’équilibre du rapport des sexes mais, à court terme, aucune incidence sur le succès de la reproduction n’a pu être décelée.
 

Les pathologies : l’incidence des maladies infectieuses et parasitaires est normalement très limitée chez le tétras-lyre. Les dérangements hivernaux sur les domaines skiables peuvent cependant entraîner une augmentation du taux d’infestation des oiseaux, notamment par Capillaria caudinflata. Les lâchers de gibier d’élevage (faisans, perdrix...) représentent par ailleurs un risque de contamination important.
 

La prédation : les poules et les poussins de tétras sont soumis à une forte prédation, notamment par la martre et le renard. Ce facteur est de loin celui qui affecte le plus la production de jeunes. La prédation, notamment par les rapaces, est aussi la principale cause de mortalité des adultes ; mais son éventuel impact sur les effectifs de reproducteurs au printemps demeure difficile à évaluer.
 
Les conditions météorologiques : dans les Alpes, les conditions météorologiques peuvent influer de différentes façons sur la production des jeunes.

De fortes précipitations pluvieuses pendant la période d’éclosion sont susceptibles d’entraîner une augmentation de la mortalité des poussins. Un faible enneigement hivernal et/ou un printemps tardif et/ou des températures basses pendant la période d’incubation affectent la condition physiologique des poules et, par voie de conséquence, leur succès reproducteur. L’absence de neige en hiver pourrait en outre favoriser la prédation.
 

Les infrastructures et la fréquentation touristique : sur certains massifs, l’implantation des domaines skiables (bâtiments, pistes, routes…) est à l’origine d’une perte importante et/ou du fractionnement des habitats favorables au tétras-lyre, entraînant de fait une diminution significative d’effectifs.

La mortalité des oiseaux par collision avec les câbles de remontées mécaniques s’avère également importante sur certains tronçons. Des dérangements répétés sur les zones d’hivernage par les skieurs, surfeurs, randonneurs en raquettes… peuvent être lourds de conséquences (déficit énergétique). Mais leur impact sur la survie des oiseaux et/ou le succès de la reproduction n’a pas encore été véritablement mesuré.
 

L’exploitation pastorale : La fermeture du milieu consécutive à la déprise agricole est à l’origine d’une altération des habitats de reproduction du tétras-lyre. Ce phénomène constitue l’une des menaces les plus importantes pesant sur l’espèce dans les Alpes du Nord. L’aulne vert, par exemple, a colonisé plus de 30 000 ha de pâturages abandonnés au cours des 50 dernières années. Parallèlement, l’intensification ou la modification des pratiques (remplacement des bovins par des ovins, inalpage de gros troupeaux collectifs de jeunes bovins…) sur les alpages encore exploités pose un problème pour le maintien du couvert nécessaire au tétras-lyre pendant la période de reproduction. 

Proposition de gestion

Propositions relatives au biotope et au dérangement
Sur les massifs où l’exploitation pastorale a disparu ou est en voie d’abandon, le contrôle de la progression de certains ligneux (genévriers, rhododendron, aulne vert, épicéa) sur les habitats de reproduction peut s’avérer nécessaire pour éviter l’appauvrissement et/ou la disparition des strates basses nécessaires aux tétras-lyres.

A l’inverse, lorsque la pression pastorale demeure forte et peut entraîner une disparition précoce du couvert herbacé, un retard de pâturage jusqu’à la mi-août dans les habitats de reproduction mérite d’être envisagé. Une méthode « opérationnelle » standardisée a été mise au point pour établir un « diagnostic » des habitats de reproduction et faire en sorte que les mesures mises en œuvre soient le plus efficaces possible.
 

Sur les massifs très fréquentés en hiver, une canalisation des skieurs, surfeurs, promeneurs en raquettes et autres usagers peut être mise en place pour préserver la quiétude des zones d’hivernage. Par ailleurs, sur les domaines skiables, certains tronçons de câbles (remontées mécaniques, lignes électriques…) particulièrement meurtriers peuvent être équipés de dispositifs de visualisation pour limiter les risques de collision.
 

Propositions relatives à la chasse
L’application d’un plan de chasse est recommandée. Les quotas sont déterminés, chaque année, en fonction du succès de la reproduction et du nombre de coqs présents à l’ouverture de la chasse.
Les effectifs de mâles adultes présents à l’automne peuvent être estimés en multipliant le nombre de coqs comptés au chant en mai par 0,85, pour tenir compte des pertes intervenant entre le printemps et l’automne.
Le nombre de coqs de l’année est évalué en fonction de l’indice de reproduction (nombre de jeunes par poule adulte) observé sur des sites de référence prospectés au chien d’arrêt en août, en considérant que le rapport des sexes est équilibré.
Les prélèvements admissibles ne doivent pas excéder 5 % du nombre total des coqs lorsque la reproduction est mauvaise (moins de 1 jeune par poule adulte), 10 à 15 % lorsqu’elle est moyenne (1 à 1,8 jeunes par poule) et 15 à 20 % lorsqu’elle est bonne (plus de 1,8 jeunes par poule). Au nombre de coqs obtenu en appliquant le pourcentage adéquat, il convient encore de retrancher 25 % pour tenir compte des individus blessés non retrouvés et déterminer ainsi le quota qui peut être attribué aux chasseurs.
A noter qu’en cas d’échec de la reproduction (moins de 0,58 jeune par poule), aucun prélèvement ne doit être effectué.
 

Exemples de sites ayant fait l’objet de mesures de gestion spécifique

Plan de chasse : voir mesures réglementaires ci-dessus.
 

Maintien de l’ouverture et de la physionomie en mosaïque des habitats de reproduction : plus d’une centaine d’interventions visant à contenir la progression de certaines espèces ligneuses (Alnus viridis, Rhododendron ferrugineum…) ont été réalisées dans les Alpes du Nord. La superficie traitée est de l’ordre de 500 ha. Les premières évaluations de ces actions, à partir d’une comparaison des zones traitées et non traitées, suggèrent que les effectifs de poules et de jeunes ont tendance à augmenter après la réouverture du milieu, en particulier dans les rhodoraies.
 

Retard du pâturage dans les zones de reproduction pour maintenir le couvert herbacé nécessaire aux tétras : cette mesure a été appliquée, à titre expérimental ou dans le cadre de conventions agri-environnementales avec les éleveurs (fonds de gestion de l’espace rural… ), sur des alpages des Bornes, du Val d’Arly, de la Chartreuse, du Vercors, des Ecrins, ou encore du Queyras…
 

Pose de filets en périphérie des zones d’hivernage ou interdiction réglementaire de pénétration pour limiter le dérangement par les skieurs : un canalisation réglementaire des skieurs hors-piste en provenance de la station voisine des Arcs a été prévue lors de la création de la Réserve Naturelle de Villaroger en Savoie. Cette mesure a permis d’éviter la désertion des zones d’hivernage par les tétras.
 

Visualisation des câbles aériens sur les domaines skiables pour limiter les risques de collision : les tronçons meurtriers d’une trentaine de remontées mécaniques, réparties sur 14 stations alpines, sont actuellement équipés de dispositifs de visualisation. Un seul cas de mortalité a été signalé sous ces tronçons depuis leur équipement.

Evaluation de l’impact économique des mesures de gestion spécifique
Le coût des interventions de débroussaillage pour la restauration des habitats de reproduction du tétras-lyre est élevé. Selon les conditions d’accès et le relief, il varie de 920 à 6900 €/ha pour les aulnaies, de 760 à 3100 €/ha pour les rhodoraies et de 80 à 2300 €/ha pour les pessières.
Les tronçons de câbles les plus meurtriers (cordelines de sécurité des téléskis) sont visualisés au moyen de flotteurs de filet de pêche apposés tous les 2 m. Le prix unitaire de flotteurs résistants aux UV est de 1,40 € TTC. La pose peut généralement être assurée bénévolement par des chasseurs employés au service des pistes des stations.
 

Axes de recherche à développer

Afin de définir des mesures de gestion toujours plus pertinentes, il serait souhaitable :

  • de mettre au point une méthode de cartographie précise des habitats favorables à l’échelle des Alpes françaises ;
  • d’affiner nos connaissances sur la capacité des jeunes à franchir des "non-habitats" (zones urbanisées…) lors de leur dispersion post-natale ;
  • de préciser l’impact de la prédation de même que celui des dérangements d’origine anthropique ;
  • d’améliorer le calcul des prélèvements admissibles par la chasse en modélisant l’effet du tir des coqs, en tenant compte de différentes hypothèses touchant à la survie compensatoire et au déséquilibre du rapport des sexes chez les adultes ;
  • de savoir si le déséquilibre du rapport des sexes qu’induit localement la chasse en faveur des poules affecte la diversité génétique des populations.